Grenoble, les énergies positives

Bureau à énergie positive au sein du quartier De Bonne (c) Ville de Grenoble

Bureau à énergie positive au sein du quartier De Bonne (c) Ville de Grenoble

Publié par Yannick Régnier le 05/05/2014

En septembre 2008, la Ville de Grenoble renforçait, à travers 32 engagements concrets, sa détermination à agir en faveur de l'énergie et du climat en adoptant la délibération « Grenoble Facteur 4 », qui vise une division par 4 des émission de gaz à effet de serre d'ici 2050. Fin 2013, le dernier bilan du programme de la mandature a été présenté et approuvé en conseil municipal. Lors des élections municipales de mars 2014, la ville de Grenoble s'est illustré à contre-courant des résultats nationaux: elle est devenue la seule ville de plus de 100 000 habitants dont le maire, Eric Piolle, est écologiste.

Pour impulser une politique énergétique volontariste, la Ville s'appuie sur deux SAEML, Gaz Electricité de Grenoble et la Compagnie de Chauffage Intercommunale de l’ Agglomération Grenobloise, concessionnaires de la distribution d'énergie, et producteurs et fournisseurs d'énergie sur le territoire.

Réduire les émissions de gaz à effet de serre sur le réseau de chaleur

Depuis plus de 50 ans, le réseau de chaleur se développe sur notre territoire, avec une longueur atteignant aujourd'hui 160 km. Depuis plusieurs années, l'évolution continue et volontariste du mix énergétique du réseau a permis de réduire fortement la part des combustibles fossiles (charbon, fuel) avec un impact positif sur les émissions.

Ainsi en 2008, la transformation de la centrale de la Villeneuve a permis d'augmenter fortement la part de bois au détriment du charbon. Grâce aux investissements pour la valorisation d'énergies renouvelables, et aux optimisations de gestion, la consommation annuelle de bois a atteint 77 000 tonnes cette dernière saison de chauffe 2012-2013.

Grenoble - Heating plant.jpg

Ce développement d’un mix énergétique moins émetteur de gaz à effet de serre a permis d’atteindre aujourd'hui un contenu CO2 de 137 g par kWh vendu, conforme à l'objectif visé dans Grenoble Facteur 4.

Afin que ce choix, essentiellement en faveur de la biomasse, reste un choix environnemental et économique cohérent, Grenoble doit veiller, avec les différents acteurs du territoire, au développement durable de la filière bois-énergie, et à l'impact sur les émissions de particules. Dans le cadre du travail sur l'approvisionnement local de biomasse, la CCIAG a noué des partenariats avec l'Association Départementale Isère Drac Romanche pour la valorisation du bois d'élagage des digues, avec le Syndicat Mixte des bassins hydrauliques de l'Isère, avec l'ONF, ainsi qu’ avec la collectivité de Saint Michel les Portes. La CCIAG s'investit également dans un projet de plateforme bois dans les environs grenoblois.

Le travail se poursuit, avec les autres communes autorités concédantes du réseau, pour un chauffage urbain performant et répondant aux nouveaux enjeux environnementaux, économiques et sociaux. En septembre 2013, un groupement de commande a été créé pour l'étude d'aide à la décision portant sur la construction d'une nouvelle unité de production de chauffage urbain. Au regard de la fermeture programmée de la chaufferie fuel de la Presqu'île (centrale d'appoint) fin 2015, de l'arrêt d'Isergie (liée à la fin de la période contractuelle d'obligation d'achat d'électricité) et des perspectives d'évolution du réseau, le remplacement de ces moyens de production doit être mis en œuvre. Les solutions étudiées sont à base d'énergies renouvelables, en visant le meilleur niveau de réduction des impacts environnementaux, avec une option de cogénération à évaluer.

Avec cette nouvelle étape, la part d’énergies renouvelables dépasserait les 60% du mix énergétique du réseau de chaleur. La dépendance du chauffage urbain grenoblois aux prix des combustibles fossiles en sera d’autant réduite.

Un nouveau paradigme pour l'avenir : les quartiers à très basse consommation énergétique

En parallèle avec les efforts décrits ci-dessus au bénéfice de l'alimentation en chaleur des bâtiments existants, une réflexion a été menée sur les solutions les plus adaptées à des quartiers nouveaux. Dans ceux-ci, les logements ont à la fois une très faible consommation de chauffage grâce à la performance des bâtiments, et des besoins croissants de confort d'été liés à l'évolution du climat.

Le projet expérimental de boucle tempérée du quartier Presqu'île répond à ce nouveau type de besoins. Il permettra de supprimer le recours à tout combustible pour la production de chaleur et de rafraichissement, grâce à de la récupération sur des sources présentes dans le quartier. L'enjeu est, là encore, de limiter drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et de protéger les futurs habitants contre la hausse des prix des énergies.

Et la production d'électricité renouvelable?

Solaire: barre tenue pendant la tempête

Avec Grenoble Facteur 4, la Ville s'était donné comme objectif de multiplier par dix la puissance d'électricité solaire installée sur le territoire depuis 2005, en incitant notamment sa SAEML Gaz Électricité de Grenoble à investir. Une puissance installée de 1 200 kWc était ainsi visée pour 2012. En 2012, la puissance crête installée en capteurs photovoltaïques dépassait 1 000 kWc sur le territoire, et mi 2013, 1 228 kWc sont raccordés sur le réseau électrique grenoblois, dont plus de 43% issus d’investissements portés par GEG.

Grenoble - PV Stade des Alpes.jpg

Ce développement s'est fait au sein d'un contexte national particulièrement complexe vis-à-vis des projets photovoltaïques. Ainsi par exemple, la consultation lancée par la Ville pour installer des panneaux solaires sur un hall d’Alpexpo a été interrompue par le moratoire annoncé par l'Etat en 2011. Des projets de qualité ont malgré tout vu le jour dans la ville, notamment 800 m2 sur les bureaux Reflets du Drac, 1 000 m2 sur l'espace commercial de Bonne, et tout récemment 1 050 m2 sur le bâtiment de la Chambre des Métiers et de l'Artisanat. Des projets de plus grande taille ont été déposés lors du récent appel d’offres de la Commission de Régulation de l'Energie visant les installations supérieures à 250 kW.

Ainsi, dans le cadre du projet de l'EcoCité, est prévu le projet de couverture solaire de la toiture du Synchrotron (ESRF) d'une puissance de 2 250 kWc par l'emploi de technologies de modules photovoltaïques innovants, de type cristallins légers, issues d’une filière totalement française.

Projet d'exploitation locale de la "Houille blanche"

Dans la continuité de l'implication de GEG dans l'énergie hydraulique sur l'ensemble du territoire national, une microcentrale hydro-électrique de puissance comprise entre 1 et 1,5 MW, pour une production d'environ 7 GWh/an, est en projet sur le Drac. Le projet de chaufferie biomasse citée plus haut, alimentant le réseau de chaleur urbain, prévoit une variante avec une cogénération produisant 25 GWh d'électricité par an.

Et bien plus encore sur les économies d'énergie!

Cependant, la Ville de Grenoble est loin de limiter ses efforts à la production d'énergie renouvelable. Elle s'est aussi investie sérieusement sur de nombreuses thématiques liées aux économies d'énergie:

  • Bâtiments: OPATB des Grands Boulevards, norme BBC pour les constructions neuves, Biennale de l'Habitat Durable...
  • Aménagement: écoquartier de la ZAC de Bonne, quartiers Bouchayer-Viallet, Esplanade et Presqu'île
  • Mobilité: 4 lignes de tramway (et bientôt 5) pour un total de 33 km, politique pro-bicyclette avec 80 km d'aménagements cyclables et 31,5 km de rues aménagées en zone 30.

Toutes ces réalisations sont largement décrites dans le bilan 2013 de Grenoble Facteur 4.

Grenoble - EnergyPlus Offices.jpg

Quelques résultats chiffrés sur les bâtiments. Au total, plus de 2100 logements sociaux ont bénéficié d'une rénovation énergétique entre 2008 et 2013. 85 copropriétés grenobloises ont bénéficié d'un conseil personnalisé, ayant abouti, à ce jour, à 27 votes d'une maitrise d'œuvre et 13 adoptions de votes de travaux. Au niveau du patrimoine communal, les économies induites par les actions menées par la ville correspondent à une dépense évitée de plus de 700 000€ sur le budget 2012, celui-ci s'élevant désormais à 9,5 millions d'euros (éclairage public compris), avec 10% d'économies d'énergie constatées ces 10 dernières années.

En conclusion, de très bons résultats obtenus sur la dernière mandature. A suivre et amplifier désormais avec la nouvelle !